• vg-wg-01
  • vg-wg-02
  • vg-wg-03
  • vg-wg-04
  • vg-wg-05
  • vg-wg-06
  • vg-wg-07
  • vg-wg-08

Vincent Ganivet_________

SIFFLET
Vincent Ganivet
Multiple
::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

Vincent Ganivet
Caler, décaler.


« Travailler comme un maçon, penser comme un ingénieur et regarder comme un artiste ». Dans cette devise que Vincent Ganivet a fait sienne, les verbes sont interchangeables et valorisent la multiplicité des tâches et des fonctions dont s’acquitte l’artiste, comme autant d’attitudes qui façonnent son travail. Car tout n’est question que de positionnement dans ce qu’il conçoit comme des structures autoportantes, à la fois robustes et précaires, où l’équilibre ne tient jamais qu’à un fil – ou plutôt, à une cale. Sans cale, le bâti s’effondre. Elle est à la fois la béquille et le point d’appui sur lequel repose ses arches de béton, où le geste des bâtisseurs de cathédrale rejoint celui des ouvriers du bâtiment. 

En l’absence de cette cale sifflet, cruciale au moment du coffrage, nul bâtiment ne tiendrait debout et les structures de Ganivet non plus. Faufilée entre chaque parpaing, elle incarne le centre de gravité de ses édifices, dont elle répartit la tension autant qu’elle en définit les champs de force. Le miracle chez Ganivet n’a rien de céleste mais provient d’un geste manuel et concret, son élévation reposant dans sa capacité à défier les lois de la gravité grâce à des principes d’ingénierie de haut vol qu’il est lui-même loin de maîtriser. La spiritualité rejoint chez lui la dimension matérialiste du « faire », qui confère une certaine noblesse à des matériaux fonctionnels, fabriqués en série et dépourvus à priori de tout enjeu esthétique - que ce soit la brique, le parpaing, le pneu ou le container.

Dans ce registre formel propre au BTP, la cale n’est que l’allégorie d’elle-même : elle est au maçon ce que le pinceau est au peintre, son alpha et son omega, garante d’un équilibre toujours prompt à basculer. Objet à la fois dérisoire et profond, à plus forte raison dans sa « transmutation » en acier. Tout l’art de Ganivet y est résumé : faire tenir des blocs de parpaings dans les airs grâce à un éventail de cales, c’est aussi une manière d’invoquer la légèreté à l’endroit même de la pesanteur. Mais il s’agit aussi d’un retour vers l’état d’innocence, le jeu de construction enfantin où l’on assemble des formes en bois avant qu’elles ne s’écroulent d’elles-mêmes - Kapla d’un côté, Badaboum de l’autre. On s’applique à édifier une construction en équilibre précaire, on admire sa prouesse avant de voir s’effondrer le fruit de son labeur et de recommencer avec le même entrain. Toujours remettre du cœur à l’ouvrage et jouir d’un instant de satisfaction qui laissera place de nouveau à l’anéantissement, que l’on se doit d’accueillir comme une phase nécessaire du processus. L’échec fait partie intégrante de la sculpture, il en est l’aboutissement. Tandis que la cale, éternelle faire-valoir de la charge qu’elle soutient, en sort toujours victorieuse.


Julien Bécourt, mai 2024

Prix : 200€
Auteur : Vincent Ganivet
Dimension : 9,5 x 3,5 x 2
Matière : Acier S355
Nombre d'exemplaires : 20

https://vincentganivet.fr/